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édito
Décembre 2006
C’est à chaque fois le même refrain, à chaque grande élection chacun cherche et attend des candidats qu’ils se prononcent sur les priorités de son choix et dans ce domaine, la culture est un passage obligé. A lors, qu’est-ce que les candidats ont à dire sur la culture ? Est-ce qu’enfin on va entendre ce qu’on attend ? Dans l’ordre, que la culture est le fondement de la politique, qu’elle dessine l’espace parfait de l’insertion du citoyen dans la cité, qu’elle est égalisatrice, rédemptrice et épanouissante, bref qu’elle a tant de vertus qu’on ne comprend pas, mais vraiment pas pourquoi on met tant de temps à l’entreprendre, tel est le discours. Cela coûte cher ? peut-être mais cette dépense n’est jamais trop pour les bienfaits que la culture apporte. Les moyens ? Il n’y a qu’à les trouver dans l’impôt sur les fortunes, les bénéfices des entreprises, que sais-je encore ? On a eu une petite idée de ce florilège d’aspirations et de solutions lors de la rencontre entre le syndicat des professions du spectacle et les représentants des grands partis politiques cet été en Avignon et l’on peut parier à la sortie que le même malentendu, la même frustration sortira des échanges de ce type. Entre les partis de gouvernement gênés aux entournures et les partis d’appoint prodigues des bons conseils, il y a plus qu’un malentendu sans oublier que la culture ne représente plus aujourd’hui certainement les mêmes enjeux qu’hier, ni au même endroit.
Où en est-on en effet après un demi-siècle de politiques culturelles publiques et un budget de l’État calé peu ou prou sur le mythique 1% revendiqué pendant longtemps ? On peut dire que l’aménagement global du territoire en équipements culturels, centres d’animation, festivals en tout genres et mécanismes d’accompagnement et d’aide publics est sinon achevé (le sera-t-il jamais) du moins incomparablement plus avancé qu’il y a seulement vingt-cinq ans. La prolifération des acteurs et agents culturels dans tous les secteurs est allée en progressant produisant ces crises à répétition connues sous le nom de crises de l’intermittence. De fait on estime qu’avec près de 400 000 personnes travaillant dans ces secteurs, cela correspond à peu près au secteur de l’ automobile en termes d’emploi. C’est dire que la culture a pris une place prépondérante dans une société de plus en plus tertiarisée et de plus en plus ouverte aux loisirs et au temps libre.
Le problème qui se pose prioritairement aujourd’hui n’est pas de faire des promesses nouvelles, ni de vouloir changer la vie (on a déjà vu que ce qui changeait c’était seulement la couleur de nos illusions) que de gérer correctement, efficacement et au plus près, un domaine devenu consubstantiel à la qualité de notre vie publique. On comprend alors que cette situation se prête moins qu’avant aux « beaux discours », en revanche elle appelle à un autre travail qui est de clarification des buts et des enjeux, à une meilleure gestion et à une efficacité qui laisse souvent à désirer. Car quels sont les problèmes et les maux de la culture en France aujourd’hui ?
Contrairement aux apparences ce n’est pas prioritairement la question des budgets et des moyens (2.8 Milliards d’euros pour le budget de la culture, qui deviennent 5 si l’on ajoute tous les secteurs de l’État s’occupant de culture, le double pour les collectivités locales et territoriales) , contrairement aux idées reçues l’effort culturel fait en France n’est pas mince et ne s’est pas réduit ces dernières années, le budget culturel de l’État ayant régulièrement augmenté en volume. Le problème est que le nombre de demandeurs, d’ayants-droit, la demande de soutien public, elle, est croissante et comme elle est prioritairement assise sur le mécanisme subventionnel du « pourquoi pas moi », elle est infinie. On voit bien alors que le problème numéro un aujourd’hui n’est pas d’étendre sans fin un domaine dont les contours ont bien du mal à être circonscrits comme culturels au sens strict, que de redessiner un projet, de redéfinir des priorités, bref de passer d’un état d’assistance au monde culturel à un état de projet culturel pour la société française.
De ce point de vue, il y a de l’ordre a mettre dans la maison, il y a des priorités à réaffirmer, celles-ci concernent à nos yeux l’éducation artistique dès le plus jeune âge et à l’école qui est le gros point noir de notre système alors même que les expériences faites en ce domaine depuis de longues années en France sont de nature à donner des pistes sérieuses et expérimentées. Il y a ensuite la question du Patrimoine à tirer au clair et à soutenir dans un partenariat négocié avec les collectivités locales. Il y a à ouvrir un véritable débat avec le pays au sujet de la décentralisation culturelle toujours à demi concédée comme on a pu le voir en 1983 puis en 2003, ici une Loi d’orientation mériterait un grand débat au Parlement et une bonne répartition des compétences et des moyens serait de nature à clarifier le débat. Enfin il faut une remise à plat de la filière du spectacle vivant afin de donner une visibilité à cet ensemble flou, qui donne des perspectives de carrière aux professionnels et qu’on sorte de cet imbroglio de l’intermittence qui paralyse les meilleurs. Il faut alors que se dégage un vrai projet culturel de soutien à la création française en France comme à l’étranger entraînant une autre dynamique culturelle que ces combats d’arrière-garde pour la diversité qui ne sont que le cache misère de notre perte d’influence dans le monde.
On le voit ce qui manque à la politique culturelle française ce ne sont point tant des moyens qu’une vision et un discours pour convaincre. Nous n’attendons pas des promesses, nous attendons que s’exprime une volonté.
article de télérama:
http://www.telerama.fr/livres/M0612271649451.html
Marc BÉLIT.
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