Edito

 

 

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Diversité culturelle

Forum n°256

Octobre 2005

Voici que nous parvenons à une étape importante d’une longue négociation internationale sur la place de la culture dans les échanges internationaux.

Rappelons d’abord que ce qu’on entend par culture à ce niveau-là ce sont deux choses distinctes, d’abord la culture des arts et des lettres comme du patrimoine à propos de laquelle tout le monde semble d’accord pour accorder un statut élevé, et ensuite la culture des industries culturelles qui passe par le livre, la presse, le cinéma, l’audiovisuel, les nouvelles technologies. Cette dernière fait l’objet d’âpres batailles dans les instances internationales pour le contrôle et la domination mondiales des standards de production et de reproduction.

Les Nord-Américains et leurs alliés anglosaxons militent depuis longtemps pour que la culture soit sous cet angle soumise aux règles communes qui régissent les échanges des produits et des marchandises ordinaires. L’ennui est qu’à ce régime, ce sont les multinationales américaines de l’audiovisuel notamment qui vont dominer sans partage le marché mondial (d’ores et déjà 85 % des billets de cinéma vendus dans le monde le sont pour des films américains). On se souviendra que la bataille pour “l’exception culturelle” française n’avait pas d’autre objet que de maintenir une offre possible à partir d’une industrie nationale.

D’une manière générale et au-delà des stricts aspects d’économie marchande, la question de la pluralité culturelle se trouvait posée. Comme telle, elle convenait mieux dans les termes que ceux “d’exception” sur lesquels on ne pouvait bâtir la règle et même à l’OMC, ce terme à prévalu. C’est à Johannesbourg lors du sommet mondial sur le développement durable que cette notion de diversité culturelle a véritablement fait l’unanimité et il fût admis depuis lors que l’UNESCO pourrait comme telle s’en saisir dans le cadre d’une convention générale. La France soutenue par le Canada a été dans cette circonstance un élément moteur dans ce domaine. Promouvant la diversité, elle veut affirmer davantage le français comme langue d’échanges et de culture, valoriser le dynamisme culturel et la culture française à l’étranger (ce qui justifie les années d’échanges avec des pays comme la Chine récemment ou le Brésil), faire entendre le français sur les ondes via RFI ou TV5 ou encore une chaîne d’information internationale, mais aussi accueillir des artistes et des créateurs étrangers dans notre pays.

L’UNESCO est donc devenue l’enceinte où va se jouer dans des formes légales le débat sur le droit à la diversité pour les cultures du monde. Les américains n’y ont d’abord pas cru et ont traité cette orientation à la légère avant de la contrecarrer et de la combattre (voir Forum n° 253) car tous les pays sont peu ou prou conscients de la menace du standard international sur la capacité de leur propre culture à rayonner voire à exister dans la durée tout simplement... sauf coup de théâtre donc, il semble que l’on s’oriente en ce mois d’octobre vers un vote en ce sens à l’UNESCO, vote qui ne serait pas sans conséquence car désormais on pourrait opposer une disposition de droit aux règles juridiques qui régissent le commerce international, on voit par là que l’enjeu n’est pas mince.

Et cependant, on ne peut se départir d’un doute car en s’engageant dans cette voie, l’UNESCO de fait, prône le contraire de ce pour quoi elle était conçue à l’origine, c’est-à-dire pour une vision commune de la culture une et indifférencié fondée sur les idéaux de l’universalisme et des droits de l’Homme. La réintroduction de la diversité signifie l’abandon de cette idée d’unité et il est paradoxal que pour sauver une ambition culturelle commune les peuples n’aient aujourd’hui d’autre recours que de la conjuguer au pluriel !

MARC BELIT