Edito

 

 

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diversité culturelle

édito décembre

Novembre 2008

Ce dont les Européens ont besoin n’est pas tant qu’on exalte ce qui fait leur différence, mais qu’on leur révèle ce qu’ils ont en commun. ELIE BARNAVI De temps à autre dans le monde de la culture, émerge une thématique qui focalise l’attention. On a eu ainsi "l’exception culturelle" dans les années 90, on a maintenant "la diversité culturelle", expression plus "soft", plus "politiquement" correcte et dont le champ d’intervention est plus large que celui de "l’exception" qui visait explicitement le cinéma et les programmes audiovisuels dont les Français voulaient préserver l’avantage devant la puissance de l’industrie américaine du divertissement. On passa donc à la "diversité culturelle" sur le mode de la "biodiversité naturelle" dans le langage adéquat des relations internationales et pour faire bonne mesure, L’UNESCO sous l’instigation de la France et du Canada notamment, adopta en 1999 la clause de "diversité culturelle" qui reconnaît à chaque gouvernement "le droit de prendre sur son territoire toute mesure réglementaire et fi nancière pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles". Jusque-là cependant, on n’avait en vue que la résistance des cultures nationales au rouleau compresseur de l’industrie culturelle américaine et la volonté de se protéger des effets nivelants de son infl uence. Mais en France même, alors que les efforts de démocratisation culturelle montraient leurs limites, on était passé peu à peu (en gros depuis les années 80) à la démocratie culturelle, ce qui revenait à dire qu’incapables de démocratiser à tous la haute culture (littérature, beaux-arts et science) on allait s’en sortir par une promotion de la diversité. C’était l’époque où la France des maisons de la culture et du "mondial" fêtait sur les stades de football la culture black, blanc, beur. On s’apercevra quelques défaites sportives et quelques "marseillaises siffl ées" plus tard que ce n’était pas aussi simple. Pourtant, cette modifi cation des enjeux de la culture, passée plutôt inaperçue en France, allait devenir peu à peu la règle des politiques culturelles sinueuses conduites ces dernières années. Une question restait posée, celle-ci était liée au multiculturalisme dont les nations européennes post-coloniales ont mis du temps à prendre la mesure. Rien d’étonnant alors que s’y mêle la demande de repentance, la demande de reconnaissance, et la demande de soutien de cultures communautaires ou régionales qui s’estiment lésées par l’Histoire et le présent. Ce mouvement qui nous atteint avec quelque vingt ans de retard s’est également produit dans les mêmes termes à peu près aux Etats-Unis, lesquels ont un problème multiculturel autrement important à résoudre. Il se produit aussi en Europe pour les mêmes causes et l’on comprend alors que le succès de cette motion à l’UNESCO dépasse largement les seuls affrontements d’intérêts entre industries culturelles. Reste qu’en ayant ainsi déplacé les problèmes, la question culturelle en France ne se pose plus dans les mêmes termes qu’auparavant. Il ne s’agit plus en effet de chercher à démocratiser la culture d’élite qui est et restera sans doute cantonnée au petit nombre, il s’agit de favoriser les expressions culturelles de tous au nom d’une diversité politique et culturelle que traduit notre environnement quotidien. C’est pourquoi d’une part, la culture de tous a de plus en plus affaire à l’industrie des loisirs de masse (cinéma, télévision, internet, édition et show business) et d’autre part a affaire aux divertissements qui arraisonnent la culture en pratiques collectives (théâtre de rue, nuits blanches, festivals et fêtes en tout genre). Il n’y a pas lieu ici de tenir un discours discriminant en se lamentant sur la "grande déculturation", mais simplement à constater sans doute que la "culture cultivée" n’est probablement plus qu’une des dimensions de la culture en général au sein d’un ensemble de plus en plus multiculturel. La question qui suit est celle du soutien public à la culture, d’une culture dont l’extension est devenue roblématique. On comprend alors l’embarras où se trouve un Ministère de la Culture empêtré dans un empilage de priorités qui au fi l des ans lui ont ôté une bonne part de son effi cacité, et de plus en plus contraint par la révision générale des politiques publiques. Or, il y a fort à parier que, ni les "entretiens", ni les "colloques", ni les "conférences" ne seront suffi sants pour l’aider à sortir de l’impasse car cela exige un diagnostic lucidement tiré et partagé à partir d’une analyse objective laquelle suppose comme condition préalable que l’on sorte des présupposés idéologiques qui irriguent toujours ces questions. La rigueur des temps, qui sait, risque d’y conduire bien plus vite que les intéressés ne le souhaitent ou ne l’envisagent. MARC BÉLIT